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LES MOUVEMENTS SOCIAUX, LABORATOIRES DES « AUTRES MONDES POSSIBLES »


 Dans les territoires en rébellion, tous les jours et quelle que soit l’heure, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants travaillent à la construction d’une alternative ; à l’édification, pierre par pierre, d’un monde meilleur, un monde dans lequel peuvent tenir tous les mondes.


        Les regards et les manières de regarder apprises restent souvent à la superficie, sans dépasser l’épiderme des événements. Des regards, disons, dans le pire style journalistique (« un océan de connaissances d’un centimètre de profondeur ») : marqués par l’apparence, la rapidité et la visibilité immédiate. Modifier ce regard suppose, selon les paroles du sous-commandant Marcos, « quelqu’un avec la patience suffisante pour accéder à l’intérieur des choses, après avoir passé les échelons désespérants de notre manque de confiance. Quelqu’un sans attaches à l’extérieur ou disposé à les couper pour un bon moment » (Muñoz, 2003). Ce n’est pas la jungle cependant, l’obstacle majeur : la difficulté surgit des profondeurs de l’ego, individualiste, conspirateur inné contre les nous collectifs.
De ce regard superficiel et institué - occidental, masculin et « éclairé » - provient la sur-valorisation de l’activité publique et visible des mouvements et l’attention extrêmement réduite portée sur leurs réalités intérieures, sur la quotidienneté -qui n’est considérée que comme grise et monotone - de la vie collective. C’est là que se forme le changement social de longue haleine, loin du regard étatique ; là que se croisent et s’entrecroisent des valeurs, où se testent les discours et les moyens de la résistance (Scott, 2000) ; les espaces-temps qui font jaillir les différences et permettent de les approfondir. Avec le temps et les échecs, nous apprenons que la différence est l’une des clefs du changement, et non le pouvoir étatique. De là vient le fait que les mouvements et ses acteurs qui produisent des changements profonds (indiens, paysans, chômeurs...) sont ceux qui s’efforcent d’approfondir leurs différences - culturelles, sociales, de mode de vie - par rapport aux identités établies depuis le haut ou héritées
.

                                                                     par : Raúl ZIBECHI

                     

 
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